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CÔTE D'IVOIRE : "Camarade,le mot d’ordre d’arrêt de travail reste en vigueur. Reste chez toi"

La Dépêche d'Abidjan

Dans leurs parutions du jeudi 07 février 2019, certains journaux de la place accusent les enseignants de « violer la trêve sociale » et de « prendre le système éducatif en otage ».
Cette allégation non fondée est très grave et mérite une analyse de notre part.
Nous tenons à rappeler au niveau de l’enseignement supérieur que lorsque la trêve sociale a été signée en 2017,

1-il y avait déjà un manque criant d’infrastructures pédagogiques (Amphithéâtres, équipements et produits de laboratoires, salles de TD et de TP, WIFI, Bibliothèques numériques, matériels didactiques…) malgré plus de 110 milliards d’investissements ;

2- les maquettes pédagogiques d’enseignements respectaient les normes de formation universitaire fondées sur des curricula définis par les conseils pédagogiques et scientifiques des différentes filières et non sur la disponibilité des équipements et des infrastructures ;

3- les taux horaires étaient de 5 532 F (Rang B), 6 294 F (Maître de Conférences) et de 7 772 F (Professeurs Titulaires)

4- les charges horaires dues par enseignant étaient de 200 heures pour les « Rang B » et de 125 heures pour les « Rang A »

5- la CNEC avait déjà adressé au gouvernement sa plateforme revendicative qui réclamait, entre autres points, la mise aux normes LMD des infrastructures de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, les revalorisations du taux horaire, des salaires et des primes de recherche.

La CNEC voudrait rappeler que l’article 5 du protocole d’accord portant trêve sociale est libellé comme suit :
Article 5 : Revendications et/ou doléances nouvelles
Pour toute revendication ou doléance nouvelle qu’une Partie pourrait soulever pendant la période de la trêve sociale, les parties s’obligent à se consulter et à rechercher un règlement par la voie du dialogue, suivant la notification par la partie diligente à l’autre partie, de l’objet du différend né ou susceptible de naître. Les décisions prises en accord auront force exécutoire pour les parties qui s’obligent à les appliquer.
Au niveau du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, une commission comprenant les syndicats (CNEC, SYNARES et UNESUR) et la DRH du ministère a été mise en place pour tabler sur les revendications et aplanir les divergences en internes. Les conclusions de ces revendications ont été transmises à la tutelle le 21 janvier 2019 sans suite au moment où nous mettons sous presse.
Pendant que ces syndicats œuvrent de concert, à la discussion, en vue de créer un environnement apaisé dans les structures universitaires, le gouvernement, à travers ses Présidents d’Université, a un agenda caché, celui de saborder tous les sacrifices consentis pour la formation des étudiants.

En effet, ces responsables d’administration universitaire (Présidents et Directeurs Généraux) ont décidé de façon unilatérale de :

1-reformer les maquettes pédagogiques en ramenant au tiers (1/3) tous les enseignements des parcours au niveau des unités de formation et de recherche (UFR) et des départements ;

2- supprimer les cours d’anglais, d’informatique et de sorties pédagogiques en première et deuxième année d’université ;

3- augmenter les charges horaires des enseignements les faisant passer de 200 heures à 240 heures (rang B) et de 125 heures à 150 heures pour les rangs A ;

4- faire appliquer un décret de 1976 qui ramène le taux horaire dans l’enseignement supérieur de Côte d’Ivoire à 2 766 FCFA (Rang B), 3 147 FCFA (Maîtres de Conférences) et 3 886 FCFA (Professeurs Titulaires) ;

5- transformer les universités qui sont des Établissements Publics Nationaux (EPN) en Établissements Publics à caractère Industriel et Commercial (EPIC) avec pour objectif de faire des bénéfices chaque année au profit de l’État.

En particulier à l’UFHB, qui représente le laboratoire d’expérimentation, monsieur Abou KARAMOKO ne respecte pas cette clause de l’article 5 du protocole d’accord portant trêve sociale qui indique que « Les décisions prises en accord auront force exécutoire pour les parties qui s’obligent à les appliquer ».
En effets, plusieurs accords de sortie de crise conclus en 2017, qui portent la signature de ce dernier et celui des syndicats, ne sont pas respectés. De plus ceux récemment conclus le 18 octobre 2018 lors de la récente crise sur les heures complémentaires 2016-2017 à l'UFHB n’ont pas été mis en application à ce jour.
En outre, les problèmes d’infrastructures nécessaires à la mise en œuvre effective du système LMD demeurent. Nous notons à ce jour l’absence de WIFI dans les universités, l’absence de bibliothèques numériques, l’absence d’écoles doctorales, l’absence d’équipements de laboratoires d’analyses et de recherche…
Au regard de ce qui précède, et sauf mauvaise foi, il ressort des faits relatés que c'est plutôt le gouvernement qui a failli à son devoir d’entretenir la trêve sociale. En effet, pour ce qui est de l’enseignement supérieur et la recherche scientifique, c’est le gouvernement qui a violé la trêve sociale en mettant en œuvre pendant cette période de trêve, des réformes iniques et rétrogrades que les syndicats de l’enseignement supérieur ne sauraient cautionner en tant que formateurs.

Après ces précisions faites, la communauté universitaire tient à préciser qu’en plus des conditions à remplir par le gouvernement pour une année académique 2018-2019 apaisée telles que transmises au ministre de tutelle depuis le 21 janvier 2018, s’ajoutent :

1- Le retour à l’élection des Présidents d’universités et des Doyens d’UFR (un chercheur, un enseignant-chercheur une voix) et par conséquent des Directeurs d’écoles doctorales ;

2- L’inscription de tous les étudiants et la mise à disposition des listes définitives des étudiants inscrits avant la reprise des cours ;

3- L’organisation de séminaire de rentrée

Camarade, pour toutes ces raisons évoquées plus haut, le mot d’ordre d’arrêt de travail reste en vigueur. Reste chez toi. L’état doit prendre des dispositions idoines pour une sérénité des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Ton sacrifice permettra de redorer le blason de l’enseignement supérieur au profit de la jeunesse et des générations futures. Seule la lutte paie.

Fait à Abidjan le vendredi 08 février 2019.
Pour le BEN de la CNEC et le PP JOHNSON KOUASSI,
la cellule de communication.


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