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Cameroun Présidentielle : Le tribalisme a gâché la fête

La Dépêche d'Abidjan

Le décor n’a pas changé, ses acteurs ont changé. Une vague de jeunes a envahi l’arène politique. La vieille garde de caciques du milieu politique est restée en place ; Ce sont des routards. L’élection présidentielle du 07 octobre 2018, devrait être une fête. On est en droit de fêter le sursaut républicain et l’engouement citoyen à faire bouger les lignes. C’est la meilleure élection depuis 1992. Cette élection est devenue un théâtre d’ombres, vidée de sa substance démocratique et privée de sa dynamique. Les démons du sectarisme, de la xénophobie et du repli identitaire, ont refait surface au point d’occulter cette demi-victoire populaire.

La mort du vivre ensemble

« Cette élection a au moins déjà permis de découvrir une chose importante dans ce pays : le tribalisme primitif. Pour parler plus simplement le tribalisme anti Bamiléké. Les choses doivent être dites. Je déteste les racistes donc je haïs encore plus les tribalismes. Des gens sont prêts à donner 7 ans à Paul Biya(3) juste parce que KAMTO est Bamiléké. C’est incroyable. »

Ces propos, ne sont pas ceux d’un bouvier ou d’un plouc, il s’agit de propos d’un journaliste et citoyen averti. Une élection génère des passions. Chaque camp souhaite la victoire de son leader. Quand certains propos sont édictés à chaud, ajouté la frustration de tout un peuple épris de changement, tous ces ingrédients mis en musique, peuvent déclencher des drames.

Las ! Il a suffi de quelques joutes électorales, pour que le socle de nos institutions soit dynamité par ceux-là mêmes qui auraient dû le protéger : Les acteurs de la société civile, les politiciens. Ils se comportent souvent comme si, après les élections, la vie s’arrête.

Le coup majeur porté à notre vivre ensemble est la Constitution de 1996, avec l’introduction de concepts barbants tels que : Autochtones et Allogènes. Ces deux mots ont fissuré le ciment de la communauté nationale. Cette élection l’a démontré ; les acteurs ne se sont pas attelés de discuter des programmes, mais plutôt de parler de faits divers sur les origines tribales de tel ou tel candidat. Le principe de souveraineté nationale dont le vote est le saint principe, a été embrigadé par les thuriféraires de la tribu. Le choix résultant de cette souveraineté a été phagocyté.

La liberté de choisir

Voilà ce qu’énonce le préambule de notre Constitution : « L’être humain, sans distinction de race, de religion, de sexe, de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés ». Le principe de toute souveraineté, réside dans ces droits inaliénables. L’inaliénabilité de ce droit, c’est la liberté. Alors comment se fait-il que, des démocrates puissent penser aliéner ce droit qui incombe à tout individu ?

Si la véritable volonté c’est de faire abdiquer le principe de souveraineté nationale, à la souveraineté identitaire, pourquoi certaines entités tribales ne se fondraient-elles pas dans d’autres si le but recherché est le bien commun ? Je vais poser la question autrement : Pourquoi un candidat Bamiléké ne peut-il pas être le joker d’un Béti, Douala, Bassa ? Pourquoi quand le peuple libre choisit un candidat, tous ou presque les Bamiléké crient au scandale ? Si l’envie est de libérer et de faire progresser les autres, le droit de refuser la main-tendue d’un Bamiléké est inhérent à la liberté de choisir soit un Autochtone, soit un Allogène, selon la Constitution.

« Vous croyez qu’en votant contre KAMTO(1) vous lui faites du mal. Non mes amis. Vous faites du mal à vous, à vos enfants et à d’autres générations. Quand on a atteint le niveau de KAMTO la politique c’est pour aider les autres. Il n’a plus rien à attendre ou à envier parce qu’il a déjà tout vu et tout eu. Désormais il veut se concentrer pour son peuple. »

Oh ! Le peuple Camerounais ne lui a rien demandé, c’est lui qui est venu vers le peuple Camerounais, qui a exercé sa souveraineté. Où est le tribalisme ? Pourquoi les autres candidats ne pleureraient-ils pas, quand l’offre Orange supporte un homme sa tribu ? Pourquoi les Bétis(0) ne se fâcheraient-ils pas quand leur unique cinéaste supporte un Bamiléké ? Pourquoi les Sawa(0), ne se plaindraient-ils pas que leur musicien de prestige supporte un Bamiléké(0) ? Pourquoi les Bassa(0), ne se plaindraient-ils pas que leur journaliste de talent supporte un Bamiléké ? Ces supporters-là, sont-ce de vrais Camerounais et ceux qui ont fait le choix contraire de pauvres tribalistes ?
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