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Car en prestidigitation, il ne faut jamais compter sans Alassane Dramane Ouattara en Côte-d’Ivoire

La Dépêche d'Abidjan

Le plus grand tour de prestidigitation d’Alassane Dramane Ouattara fut celui de réussir, par une seule phrase, à s’oindre le martyr de deux groupes démographiques importants : les populations musulmanes d’où qu’elles viennent, et les populations du nord ivoirien et au-delà du nord ivoirien, qu’elles soient musulmanes ou pas. « On ne veut pas que je sois président, parce que je suis musulman et du nord », avait-il pleurniché en grande victime d’une xénophobie imaginée des populations sudistes de la Côte d’Ivoire contre leurs sœurs du nord de la Côte d’ivoire et des pays de la sous-région, surtout des pays à majorité musulmane.

Par cette posture de victimologie bien calculée, Alassane Dramane Ouattara s’attirait l’empathie de tout Musulman se sentant victime d’ostracisme religieux ; mais aussi il s’attirait la sympathie de toute personne révulsée par la discrimination d’où qu’elle vienne. Cette philosophie de victimologie payante, Alassane Dramane Ouattara la traîna sur tout son parcours politique, taxant tous ses adversaires de xénophobes.

C’est d’abord Bédié qui en fit la frais, lorsque sous sa présidence, la cour suprême rejeta les dossiers de candidature de Dramane Ouattara pour « faux et usage de faux » et que, plutôt que de prouver le contraire à cette haute institution ivoirienne, Dramane Ouattara choisit d’amalgamer pour son compte géographie et religion, liant sa disqualification au sort des 5 millions d’immigrants vivant sur le sol ivoirien, instiguant de ce fait un pandémonium interethnique et interreligieux. Ce fut ensuite Gueï qui en fit les frais, lorsque lui aussi demanda à Dramane Ouattara de faire la lumière sur la question ténébreuse de sa nationalité. Et ce fut enfin Gbagbo qui en fit les frais, lorsque … lorsque … à vrai dire … l’on ne peut vraiment pas dire pourquoi, sinon qu’il s’appelait Gbagbo ; sinon qu’il était trop bon … trop naïf peut-être, pour aller chercher Dramane Ouattara dans son exil ; sinon que sa politique qui exigeait que les richesses de la Côte d’Ivoire profitent en premier lieu aux Ivoiriens dérangeait énormément les marionnettistes occidentaux.

L’imposture de Ouattara le « Musulman du nord ivoirien » n’était pas ingurgitée par tous, cependant. Le gros mensonge agaçait même, au point où l’on en faisait des gorges chaudes dans les chancelleries. Alassane Dramane Ouattara, Grand-Narrateur d’un nord musulman ? Pas si vite, semblait rétorquer l’ambassadeur français Renaud Vignal, qui, dans une note à Guy Labertit, écrivit ceci : « Commencée à 18h 15, notre conversation, en plein ramadan, n’empêche pas le maître de maison, avant la rupture du jeûne, de faire honneur aux canapés de foie gras et de boire deux whiskies bien tassés ». En plein ramadan ? Avant la rupture du jeûne ? Un pied de nez alcoolisé à tous ceux dont il se réclame le grand messie ? Quel cynisme, ce Dramane Ouattara !

Dramane Ouattara victime d’ethnocentrisme de Bédié à Gbagbo, en passant par Gueï ? Vraiment ? La mystification dérangeait ; la menterie agaçait jusqu’à ceux-là même qui l’avait aidé à la manufacturer. Et ce Français, professeur de mathématiques installé en Côte d’Ivoire depuis des décennies, ne put se retenir de questionner cette intoxication et d’expliquer à ses concitoyens ce que dénotait en réalité pour les ouattaristes le terme d’ivoirité tant conspué : « Un peu d’histoire alors? (Que les Ivoiriens m’excusent pour les considérations « ethnographiques » suivantes, qu’ils ne prennent même pas la peine d’opposer aux classifications françaises, mais qui peuvent aider les Français à enfin s’interroger sur le fameux découpage « ethnique » qui fonde leur compréhension de l’ « Ivoirité»!) Trois présidents successifs sont censés avoir été « ivoiristes » : Bédié, mais il est Baoulé (du Centre), Gueï, mais il était Guéré (de l’Ouest), Gbagbo, mais il est Bété (de l’Ouest aussi, mais un peu plus au Sud), sa femme (une « dure »), mais elle est Abouré (de l’Est), le « dur » du Régime, Mamadou Koulibaly (mais il est Sénoufo, « musulman du Nord »). Qu’ont de commun ces trois présidents (et pour Gbagbo les « durs » qui l’entourent) réputés « ivoiristes »? Apparemment, rien sur le plan ethnique! Mais qu’ont-ils donc de commun? Une seule chose : ils ont à un moment ou à un autre été opposés à Alassane Ouattara. D’où la définition provisoire suivante que l’on pourrait proposer (en l’absence de toute autre) : l’“Ivoirité” est un concept français qui désigne le fait, pour un Ivoirien, de n’être pas Alassane Ouattara ».

Aujourd’hui, Ouattara a trompé tous ceux qu’il pouvait tromper, et il semble n’y avoir plus personne à tromper. Les Musulmans ont compris son imposture. Les « nordistes » ont compris son mensonge. Les Soroïstes ont compris son ingratitude. Les pauvres ont compris son hypocrisie. Ses alliés du RHDP ont compris sa duplicité. Ses marionnettistes perdent patience et s’inquiètent de ce qu’il adviendra de leurs intérêts. Et comme, à l’invitation du roi d’Arabie Saoudite, Ouattara se faufile enfin en rutilante chaise roulante parmi les pèlerins de la Mecque, dont certains semblent prier vers lui, prier sur lui, prier pour lui, plus qu’ils ne prient pour eux-mêmes, qui espère-t-il encore tromper ? Quelle nouvelle identité espère-t-il se forger ? De quelles autres « victimes » cet homme qui ne surfe que sur la victimologie espère-t-il être le Grand-Téléologue ? Nous reviendra-t-il comme le grand « El Hadj » leader d’une autre communauté dont personne ne veut qu’il soit …, parce que … et du … ? N’y a-t-il vraiment plus personne à tromper ? Pas si sûr ! Car en prestidigitation, en tartuferie, en commerce de mirages et d’illusions il ne faut jamais compter sans Alassane Dramane Ouattara.

Martial Frindéthié



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