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SÉNÉGAL - Madické Niang, Pascal Affi N'guessan du président Macky Sall

La Dépêche d'Abidjan

Éditorial

En 2010, Alassane Dramane Ouattara (Ado) était installé au pouvoir en Côte d’Ivoire grâce à l’appui décisif de l’armée française qui a bombardé sans relâche la résidence du président Laurent Gbagbo. Le crime de ce dernier ? Avoir contesté la «victoire» de son adversaire à la présidentielle de cette année-là. Une victoire plus que nébuleuse, pourtant… Après avoir envoyé Gbagbo à la CPI, à Scheveningen, aux Pays-Bas, et fait emprisonner Simonne, son épouse ainsi que beaucoup de dirigeants du Front populaire ivoirien (FPI) tandis que les autres prenaient les routes de l’exil, Ado n’a pas vu filer le temps. Avant même d’avoir fini de régler ses comptes et de dérouler sa justice des vainqueurs, la présidentielle de 2015 pointait déjà à l’horizon. Problème : Comment crédibiliser un scrutin auquel n’allait participer aucun grand parti du pays des Eléphants étant donné que, sur les trois formations qui ont toujours dominé la vie politique locale, les deux-le Rassemblement des Républicains (RDR) et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI)-étaient au pouvoir ? Logiquement, il ne devait rester dans l’opposition que le pari défait en 2010, le FPI. Seulement voilà, ce parti était décapité avec presque tous ses dirigeants, on l’a dit, en prison ou en exil. C’est alors que les stratèges du camp présidentiel ont eu une idée en apparence géniale : susciter une participation factice du FPI, histoire de crédibiliser la victoire d’Ouattara. Aussitôt dit, aussitôt fait : des délégations furent envoyées à l’étranger prendre langue avec les maillons faibles en exil du parti de Gbagbo. L’ancien Premier ministre Pascal Affi Nguessan accepta de rentrer au pays en même temps que quelques responsables du parti de l’ancien président dont l’autre fois tout-puissant et richissime directeur général du Port d’Abidjan, Marcel Gossio. Lesquels furent autorisés à rentrer puis décrétés, sans autre forme de procès, nouveaux dirigeants du FPI ! Et Nguessan a aussitôt fait savoir qu’il serait le candidat du FPI à la présidentielle de 2015.
Bien évidemment, les militants et les responsables restés fidèles à Gbagbo ont contesté cette usurpation. Et décidé de présenter la candidature de leur leader emprisonné aux Pays-Bas, à ce scrutin. Ils ont porté plainte devant la glorieuse « justice » ivoirienne qui les a bien entendu déboutés le 29 décembre 2014 en invalidant la candidature de Gbagbo. Mieux, le 03 avril suivant, les brillants « Mackystrats », pardon magistrats, ivoiriens ont confirmé l’usurpateur pascal Affi Nguessan dans ses fonctions de secrétaire général du Front populaire ivoirien tout en interdisant aux inconditionnels du président sortant, emmenés par Abou Dramane Sangaré et Michel Gbagbo, fils de Laurent, d’utiliser le nom et le logotype du FpI ! Clou de cette mascarade : à la présidentielle d’octobre 2015, Pascal Affi Nguessan a ramassé une gamelle puisqu’il n’a récolté que 9,29 % des suffrages tandis qu’ADO était plébiscité avec 83,6 % des votes ! Une « victoire » d’autant plus éclatante et « crédible » que le plus grand parti de l’opposition, le «FpI», avait officiellement pris part au scrutin ! Que veulent de plus et le peuple ivoirien et la communauté internationale ?

Macky sur les traces d’Ado

Ce qu’a fait Ouattara en 2014 en Côte d’Ivoire, à quelques mois de la présidentielle de 2015, c’est à peu près le scénario qui se reproduit sous nos yeux au Sénégal. Ceux que tout le monde s’accorde à considérer comme les deux principaux rivaux de Macky Sall à la présidentielle de l’année prochaine étant soit en exil (Karim Wade) ou en prison (Khalifa Sall) et le pds s’entêtant à maintenir contre vents et marées son candidat officiel - radié des listes électorales et donc inéligible -, le scrutin à venir et la « victoire » du président Macky Sall risquaient d’être décrédibilisés. Il fallait absolument que le Pds, plus grand parti de l’opposition au Sénégal comme l’est le FpI en Côte d’Ivoire, ait un candidat à cette élection. Fût-il un candidat fantoche. Or Wade, craignait-on, risque de boycotter la présidentielle au dernier moment. D’où l’idée de susciter un plan B dont les plus grands supporters et avocats, paradoxalement, se trouvent dans le camp présidentiel! Si ce ne sont pas des transhumants qui hurlent plus fort que tous les autres. Tout ce beau monde fustige avec force arguments l’ «autisme» du président Wade risquant de faire disparaître son parti à force de vouloir imposer la candidature de son fils! Des supporters et avocats du camp présidentiel bien intentionnés, n’en doutons pas, à l’endroit du pds et qui oublient, curieusement, d’appliquer le même raisonnement à des partis historiques de notre pays comme le Ps et l’Afp qui ont quand même décidé eux-mêmes de ne pas présenter de candidats à la présidentielle de 2019 contre Macky Sall. Logiquement, s’ils ne disparaissent pas pour ne pas avoir présenté de candidats à la présidentielle, on ne voit pas pourquoi le pds serait rayé de la carte nationale pour les mêmes raisons. Le Ps et l’Afp ont fait comme le Pdci qui, en 2015, suite à l’appel de Daoukro du président Henry Konan Bédié avait décidé de soutenir la candidature d’Alassane Dramane Ouattara en octobre 2015. Pour en revenir au Sénégal, donc, la candidature de Madické Niang, présentée comme le « plan B » du pds, tombe trop opportunément à point nommé pour le pouvoir en place pour ne pas être suspecte. Oh, nous n’étions pas dans le secret des discussions de Doha entre lui et l’ancien président de la République pour savoir s’il a oui ou obtenu son onction pour être le candidat de substitution -ou alternatif !-du Pds à la présidentielle. Ce que nous pensons, par contre, c’est que ce parti serait bien ingrat de lâcher Karim Wade en rade ou au milieu du gué tout simplement parce que le président Macky Sall a décidé qu’il ne voulait pas de lui comme rival à l’élection du 24 février prochain. Car ce n’est pas à lui de choisir pour le pds son candidat ! Et puis, Karim Wade est quand même celui qui a encaissé à lui seul tout le poids de la féroce répression du successeur de son père en étant le seul de l’ancien régime à avoir croupi stoïquement en prison pendant trois ans avant d’être exilé ! Sur la liste des 25 grands prédateurs établis par l’ancien procureur spécial de la Crei, il est le seul à avoir été jeté en prison à la suite d’un simulacre de procès. Ce pendant que d’autres membres du parti au pouvoir transigeaient secrètement pour ne pas aller à Rebeuss. Il s’y ajoute qu’au moment où tous les autres vont à la soupe mackyenne sous les prétextes les plus farfelus, il serait le dernier à trahir son père. Or, le Pds, qu’on le veuille ou non, c’est Me Abdoulaye Wade. C’est lui qui a créé ce parti, l’a financé, fortifié, implanté à travers le pays, porté à bout de bras et l’a mené au pouvoir. Il a eu, certes, des compagnons de route qui ont cheminé avec lui et qui, pour l’essentiel, sont encore dans les rangs du principal parti d’opposition qu’il est devenu. D’autres par contre, qui ont tout eu du pds, sont passés à l’ennemi dès que l’occasion s’est présentée. Si les Sénégalais portent le Pds dans leur cœur, c’est du fait de Wade. C’est bien simple d’ailleurs, la plupart d’entre eux ne connaissent que Gorgui et ignorent jusqu’au sigle de son parti. C’est pour lui qu’ils votent et tant mieux si son parti et ses responsables en profitent.
Pour eux, il n’y a ni Massamba, ni Mademba, ni Madické : C’est Ablaye, un point c’est tout. Or, il se trouve que l’héritier biologique d’Ablaye, c’est également son héritier politique. Incontestablement. Ça peut plaire ou ne pas plaire, mais c’est comme ça. aujourd’hui, le seul responsable au Pds dont on soit sûr qu’il ne trahira jamais Wade, qui se trouve être son père, c’est Karim Wade. C’est aussi le seul qui accepterait d’injecter de l’argent dans cette formation politique et qui ait les moyens de financer une bonne campagne électorale. Il s’y ajoute que c’est un homme moderne, travailleur, compétent et possédant de solides relations dans les milieux de la finance internationale ainsi que dans les pays du golfe. Last but not least, le seul qui, dans les conditions actuelles, soit en mesure d’emmener le président Macky Sall au second tour, c’est lui ou Khalifa Sall. Par conséquent, dire que puisque l’actuel président ne veut pas de Karim, il faut changer de monture pour février 2019, c’est objectivement, faire le jeu du candidat de Benno Bokk Yaakar. Comme Pascal Affi Nguessan en Côte d’Ivoire en 2015, Madické Niang, en acceptant de participer à la prochaine élection présidentielle, ne fera que servir de faire-valoir au président Macky Sall. Il risque de prendre une veste tout comme on peut être absolument certain que le président sortant ne sera pas plébiscité comme Ouattara en octobre 2015 ! Pour le reste, tout est ouvert…

Mamadou Oumar Ndiaye
« Le Témoin » quotidien (Sénégal)



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